(par Dolores Angela Castelli-Dransart et André Ryser)
Comment en arrive-t-on à se
suicider ? (Angela Castelli)
Quelques
idées répandues :
ØLes
personnes qui veulent vraiment se suicider n’en parlent pas.
C’est faux. 8 personnes sur 10 en
parlent avant leur tentative. Il est toutefois difficile d’entendre ces
paroles.
ØSeules
les personnes déprimées se suicident.
C’est faux. Différents troubles et différentes
situations peuvent mener au suicide. La dépression elle-même peut se manifester
sous des jours différents, les personnes peuvent être à vif, agressives.
Certaines
conditions de vie/expériences offrent plus de risques :
ØRuptures
relationnelles, professionnelles
ØDeuil
ØFait
d’être un homme
ØStress
ØDépression
ØEtat
psychotique.
Processus
conduisant au suicide :
Dans
la grande majorité, l’acte suicidaire intervient à la fin d’un processus et à
la suite de l’élaboration d’un scénario. La perception de la vie/réalité
devient de plus en plus réduite. La personne focalise tout sur ce qui pose
problème, ne voit plus que cela, et ne gère plus les émotions qui
l’envahissent. Elle a conscience qu’elle ne contrôle plus rien :
ØCela
est très angoissant, comme la perte d’autonomie/indépendance
ØLa
personne n’arrive plus à se projeter dans l’avenir, ne voit que du noir et de
la souffrance personnelle
ØElle
est physiquement épuisée.
Un
processus suicidaire peut durer jusqu’à quelques mois.
Une
crise dure en général de 6 à 8 semaines (il y a deux types de crise : soit
de type psychosocial, soit de type psychiatrique). Pendant la période de crise
et de post-crise, l’aide de professionnels est nécessaire. Une crise ne
débouche toutefois pas toujours sur la mort.
Que
faire avec une personne tentée par le suicide ?
ØGarder
le lien, une parole, une écoute (rem. : il y a deux parties qui
sont ambivalentes dans la personne, partagée entre ombre et lumière).
ØEn
parler ? Oui, cela peut ouvrir un espace d’en parler, d’exprimer ce qu’on
voit. Le faire alors avec délicatesse. Il faut pouvoir être témoin de cette
souffrance. Se montrer alors empathique et accueillant. Il faut également faire
preuve de fermeté, afin d’élargir le champ de perception des possibles.
ØNe
pas rester seul avec la personne suicidaire dans l’accompagnement, travailler
en réseau, chercher de l’aide auprès de professionnels.
ØGarantir
la confidentialité (ce qui ne revient pas à garder le secret).
ØEn
cas de soutien d’une personne tentée par le suicide, s’entourer soi-même car
cela est très prenant émotionnellement.
Avant
de partir, la personne coupe en général les liens. Etre dès lors particulièrement
attentif à cet aspect (signe).
Que
se passe-t-il pour les proches d’une personne qui s’est suicidée ? (André Ryser)
Un
ensemble de vagues, de chocs à différents plans :
ØPhysique :
boule au ventre, perte de l’appétit, perte du sommeil, grande fatigue.
ØPsychique :
perte de l’estime de soi, renfermement sur soi, culpabilité.
ØAffectif :
·A l’égard du disparu : révolte
contre le geste, contre la personne – ressentiment (pourquoi nous a-t-elle fait
ça ?) – pensées, paroles qui peuvent ternir l’image de la personne –
risque aussi de l’idéaliser (rem. : il faut rester lucide, sans
sacraliser le geste - on peut le comprendre sans le trouver normal) ;
·Au sein du couple (parental) : un
fossé se creuse – perte de confiance dans le partenaire – tensions, nervosité,
insécurité, reproches ;
·Vie de famille : risque de
surprotéger la/les personne/s qui reste/nt – risque d’idéalisation de la
personne disparue au détriment des survivants ;
·Relations sociales : risque pour la
famille de la personne disparue de se couper du groupe social pour se protéger,
par crainte du qu’en dira-t-on, par sentiment de honte – gaucherie, attitudes
décevantes (pitié, absence…), paroles blessantes, consolations faciles (=
violences en fait !) de la part des connaissances.
ØIntellectuel :
perte des repères, difficulté à intégrer la réalité du suicide de la personne
disparue, présence obsédante de l’absent(e) qui envahit l’esprit des survivants
ØSpirituel
. remise en cause générale prenant la forme de la « ronde des
pourquoi ? » : pourquoi ça tombe sur nous ? pourquoi Dieu
a-t-il laissé faire ?...
Rem. :
lorsqu’elle s’adresse à nous, il faut veiller à ne pas envoyer immédiatement
une personne touchée par le suicide d’un proche chez un professionnel, mais à
faire le pas de l’écouter d’abord, car elle perçoit très vite comme une lâcheté
le fait qu’autrui n’écoute pas ce qu’elle souhaite partager.
Questions suite la
conférence :
ØAvis
mortuaires :
Il serait bien que les agents pastoraux
écrivent aux pompes funèbres pour les sensibiliser aux formulations utilisées
(ex. : « Il a choisi de nous quitter » n’est pas très heureux,
car la personne suicidaire est-elle vraiment en état de choisir ?)
ØPrévention
auprès des jeunes : quel rôle pour l’Eglise ?
L’animateur pastoral doit donner aux
personnes suicidaires une ligne, un cap, leur montrer qu’ils ont du potentiel.
Les jeunes ont besoin d’avoir des projets. Montrer également ce qui peut les
mettre en danger. Le sens, la volonté ne sont pas tout. Il faut offrir qqch de
recevable par la personne (et pour cela, bien l’écouter !).
Signes/gestes
annonciateurs du suicide chez les jeunes : automutilation – sautes
d’humeur - don d’objets (la personne « lègue » ses objets
personnels). Lorsqu’on perçoit ces signes, il faut veiller à éloigner la
personne des moyens qu’elle pourrait utiliser pour se suicider (ex. :
l’encourager à prendre un chemin différent si celui qu’elle souhaite emprunter
passe par un pont, etc…).
Adresses
utiles :
En
Suisse :
ØPour
les parents, les frères et sœurs : Association Arc-en-Ciel, Mme Ursula
Beerli, chemin du Levant 31, 1299 Crans-près-Céligny, tél. 022/776 90 73.
ØPour
les accompagnants : Association Vivre son deuil Suisse (AVSD-S), CP 24,
1028 Préverenges, permanence tél. 021/652 74 08.
Pistes
bibliographiques :
CASTELLI
DRANSART, Dolores Angela, Vivre
après ? Reconstructions identitaires de proches de personnes décédées par
suicide, Thèse présentée à la faculté des Lettres de l’Université de
Fribourg en Suisse, Fribourg, 2003.