LA SESSION ANNUELLE DE FORMATION
DES AGENTS PASTORAUX
Le canton de Fribourg vient de se doter de toutes nouvelles orientations pastorales concernant la pastorale des funérailles et le deuil. Afin d'accompagner ces orientations et plus largement de prendre le temps de la réflexion sur la mort, leurs expériences personnelles et pastorales en lien avec elle, les agents pastoraux du canton de Fribourg se sont retrouvés 3 jours au centre Pré du Lac de Saint-Jorioz (près d'Annecy - France), du mardi 4 au jeudi 6 octobre 2011.
Deux intervenants ont animé les journées de mardi et mercredi : Alix Noble Burnand, titulaire d’un master en soins palliatifs et thanatologie, et le Dr. Thierry Collaud, médecin et théologien.
[Selon Alix Noble, La thématique de la mort n’est plus aujourd’hui l’apanage du religieux. Devant d’une part, les cas de suicides ou de décès de collègues dans les entreprises, la mort d’un élève suite à une maladie dans les écoles, ou la perte d’un membre d’une association ; et d’autre part le rapport distant que la société entretient avec la mort, la question du deuil devient un thème d’actualité. Un sujet sociétal, qui peut être source de confusion. Avec beaucoup d’humour, Mme Noble Burnand est revenue sur l’évolution de la notion de mort dans l’histoire de l’homme. Pour la conférencière, l’homme est devenu humain le jour où il s’est doté de la réalité de la mort. En d’autres termes, il est devenu humain quand il a été capable de se reconnaître mortel et de se poser des questions sur l’existence : à quoi sert la vie ? Quel est le sens de la vie, si elle doit s’arrêter d’une minute à l’autre ?
Les réponses à ces grandes questions donneront une structure de sens à la vie. Ce qui sera à la base des croyances et des spiritualités des religions. Pour mieux comprendre cette idée, la thanatologue propose un arbre des représentations de la mort, à trois branches et à trois racines. Les trois branches sont composées de la croyance, du rituel et de l’imaginaire. Alors que la culture, la famille et l’individu constituent les racines. L’importance d’une de ces différentes parties influence considérablement le rapport de l’individu à la mort.
Dans le cas de la mort, les agents pastoraux interviennent auprès des endeuillés souvent au niveau de la branche «rituel», d’où l’importance de tenir compte de toutes les composantes de l’arbre. La thanatologue rappelle alors le soin à apporter au rituel en période de deuil, parce que «le rite a la fonction d’accompagner le défunt en lui permettant d’accéder à l’au-delà ou en faire un protecteur. Il accompagne les proches dans la maîtrise de la douleur, la structure des émotions et permet d’apaiser leur culpabilité. Enfin, le rite prend soin du corps social ou de la communauté. Il assure la continuité et fait trace de mémoire», explique la conteuse. Tout en soulignant les bienfaits des liturgies catholiques au moment du deuil, Alix Noble Burnand exhorte les agents pastoraux à aider les membres des familles à «récupérer leur mort» en personnalisant les chapelles mortuaires selon leurs goûts pour mieux vivre un rite qui leur fera sens.
Un autre temps fort de cette session fut l’intervention le 5 octobre de Dr Thierry Collaud, du Département de théologie morale de l’Université de Fribourg. Il a proposé aux participants un apport biblico-théologique de la mort, ainsi que des clés de lecture des causes du suicide. Des histoires bibliques aux textes des Pères de l’Eglise, en passant par certains auteurs, Thierry Collaud a ressorti des ambiguïtés qui peuvent entourer la problématique de la mort et de la vie. Mais l’intérêt d’aborder ce sujet de la mort est, selon l’éthicien, de pouvoir vivre une vie sans qu’elle soit gâchée par la mort. Eviter la tristesse de la finitude. Pouvoir vivre à côté du fini comme l’écrit Etty Hillesum, morte au camp d’Auschwitz. Elle écrivait dans son journal le 3 juillet 1942: «…sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l’accepter, c’est le meilleur moyen pour le plus grand nombre, parce qu’on en a peur et qu’on ne l’accepte pas, de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie. Cela peut paraître presque paradoxal : en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète, et en l’y accueillant on élargit et on enrichit sa vie.»] (texte: Elom Agbenouvon)
Au cours de la matinée de jeudi, les agents pastoraux ont étudié les orientations pour la pastorale des funérailles et du deuil, présentées par l’abbé Marc Donzé. Ils ont également réfléchi à la mise en œuvre de ces orientations dans leurs Unités pastorales et dicastères respectifs.
Les orientations proposent aux Unités pastorales qui le souhaitent et le peuvent d’envoyer un(e) ou plusieurs bénévoles en formation. Constituée de cinq modules, la formation se déroulera du 21 janvier au 17 mars 2012. Elle sera consacrée à de nombreuses facettes de la pastorale des funérailles et du deuil, comme l’écoute et la communication, les questions théologiques ou encore la liturgie et le rituel des funérailles ; le dernier module traitera des questions pratiques et pastorales.
Au terme de cette formation, les bénévoles suivront un stage de trois mois au cours duquel ils vivront avec leur maître de stage les différentes étapes de la pastorale des funérailles et du deuil, à différents degrés et de manière progressive. La formation se conclura par une rencontre clôturant le stage, le 20 juin 2012.
Le descriptif détaillé des différents modules et les différentes étapes du stage peuvent être consultés en téléchargeant la fiche remise aux équipes pastorales lors de la session.
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